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Patrimoine

Une première église

Autrefois, la paroisse Saint-Martin s’étendait jusqu’aux remparts de la ville de Boulogne… et même jusque dans la haute-ville. On ne s’étonnera donc pas de découvrir la toute première église de Saint-Martin, soit au pied des remparts (probablement à proximité de l’actuel monument aux morts), soit à l’intérieur même de ces remparts (où il y a toujours une Rue Saint Martin, face à l’actuel Hôtel des Impôts), mais cette hypothèse semble aujourd’hui très contestée. Les recherches archéologiques n’ont toujours pas permis de retrouver son emplacement exact et de nombreuses questions demeurent : y a-t-il eu une ou deux églises ? En même temps ? Ou successivement ? Cette première église, est-elle du IVe siècle, sous l’impulsion de saint Victrice, évêque de Rouen, venu évangéliser les Morins ou du VIIe siècle, sous l’impulsion de saint Omer, évêque de Thérouanne ?

Cette église a été détruite par les Anglais lors du siège de Boulogne, vers 1550. Le seigneur de Dringhen vient en aide au curé de la paroisse Saint-Martin-lez-Boulogne, afin de construire une nouvelle église, en un « lieu plus sûr », plus éloigné de la ville de Boulogne. Elle est reconstruite au sommet du mont de Dringhen, à la jonction des actuelles routes de Saint-Omer et de Desvres. Le Mont Dringhen devient le Mont Saint-Martin. La paroisse donnera son nom à un vaste ensemble rural, constitué de Mont Lambert, Ostrohove, etc.

Une deuxième église

Construite donc en 1550, située au milieu du cimetière de la paroisse, sans caractère particulier d’architecture, petit bâtiment de 25m. x 6, et 4,75 de haut.

Elle a vécu 300 ans, mais a beaucoup souffert pendant la période révolutionnaire : en 1794, elle devient un entrepôt pour les fourrages et les grains destinés aux chevaux de l’armée.

En 1802, quand le curé peut revenir à Saint-Martin, il trouve une église proche de la ruine…

En 1842, l’abbé Beugin arrive à Saint-Martin : il sera le bâtisseur de l’église actuelle.

Une troisième église : l’église actuelle

  • 10 février 1848 : pose de la 1ère pierre.
  • 28 août 1852 : inauguration et bénédiction par Monseigneur Parisis, évêque d’Arras.
  • Style gothique. « Colonnes sveltes, légères, ogives gracieuses, voûtes aériennes… » Elle est « élégante »
  • 36,30m. de longueur, 12,20 m. de hauteur. La tour s’élève à 19,80m.
  • C’était, dit-on, la reproduction de l’église de Chelsea, près de Londres.
  • Elle a hérité de la cloche de l’ancienne église « Marie Françoise » : celle-ci date de 1776, elle est une rescapée de la Révolution qui a détruit 100 000 cloches à travers la France. Elle est classée parmi les Monuments Historiques.
  • En décembre 1929, une violente tempête abat l’un des 4 clochetons qui ornaient le haut de la tour. Par mesure de sécurité, les autres clochetons sont démontés… L’église perd un de ses aspects originaux.
  • Beaucoup plus grave : au cours de la guerre 1939-1944, l’église n’échappe pas aux mutilations liées aux bombardements. Elle est fortement endommagée, les obus et les torpilles ont soufflé la toiture, les voûtes sont effondrées, les bas-côtés et une partie importante du mobilier sont abîmés… On se demande même s’il ne faudra pas l’abattre !
  • Elle sera réparée, restaurée.

Aujourd’hui, on y trouve et admire plusieurs « objets classés » :

  • Les 3 autels, dont l’un provient d’une huche du XVe siècle, un autre, d’un tombeau en chêne du XVIIe
  • Un panneau sculpté, en haut-relief, du XVIIIe
  • Un Christ, en bois polychrome, du XIXe
  • Un ostensoir, en vermeil repoussé et ciselé, du début du XIXe
  • Une « chapelle » comprenant un calice et sa patène, deux burettes en verre gravé… datant de 1895 : « offert par la paroisse à son curé »

On peut encore admirer :

  • Les boiseries qui habillent la nef et le chœur, dont une partie provient de la chapelle du château de la Caucherie.
  • Les 6 stalles du chœur, de 1863.
  • Un bel orgue, plus récent, installé en 1998.
  • Les vitraux, dont 10 sont l’œuvre d’Henri Lhotellier.

 

Henry Lhotellier (1908-1993)

hotellierIl semble judicieux de s’intéresser à Henry Lhotellier, un artiste reconnu, qui laisse une empreinte très importante dans le Boulonnais, tant sur le plan des ses réalisation graphiques que sur celui du vitrail.

Henry Lhotellier est né à Amiens en 1908. De formation juridique, il suit également des cours d’arts plastiques et d’histoire de l’art à Lille. Il rencontre les artistes du groupe Vouloir (Lempereur-Haut, Del Marle) et les grands mouvements contemporains : De Stilj, le constructivisme, Bauhaus. Après des expériences plastiques en peinture et gravure le conduisant à exposer aux côtés de Gromaire, Permerke ou De Smet, il quitte la carrière juridique en 1935 pour s’établir comme maître-verrier à Boulogne-sur-Mer. Son engagement dans l’abstraction l’amène sur les cimaises du Salon des Réalités Nouvelles de 1947 à 1956.

Il fonde en 1951 avec Del Marle et André Bloc le Groupe Espace qui milite pour l’introduction de l’art abstrait dans l’architecture.

Il compte redonner au vitrail sa valeur artistique en l’inscrivant dans la création contemporaine civile et sacrée.

Durant les années 1970, il explore avec sa rigueur habituelle la technique du collage. Ses papiers sont déchirés, encrés, puis collés en longues bandes. Ce travail sur les superpositions et les oppositions franches de couleurs a des échos jusque dans sa peinture comme le prouve Espace-Rêve II.

Henry Lhotellier a crée un œuvre protéiforme. Il est resté un artiste discret. Notons que son action continue dans le monde associatif et culturel en fait un fervent défenseur de la diffusion des arts. Il est certainement celui qui a le mieux connu Regner, l’homme et le peintre, et fut un grand ami d’Herbin. En 1992-1993, une rétrospective de son œuvre gravée a été exposée au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle de Calais, et au Musée de Gravelines. Un catalogue raisonné de son œuvre gravé a été édité à cette occasion. Il est décédé à Lille en 1993.


 

 

L’église Sainte-Ide

paroisses-sainteideElle est située à Ostrohove, hameau de Saint-Martin-Boulogne.

 

La terre de Hestrohove est donnée, en 1121, par Eustache, comte de Boulogne, à l’abbaye de Saint Wulmer. Beaucoup de terres à Ostrohove relevaient de Saint Wulmer. Le fief d’Ostrohove a appartenu à Jacques d’Auvergne, procureur et conseiller de la sénéchaussée du Boulonnais en 1756, puis à ses descendants.

 

Dans ce hameau, le premier lieu de culte est une chapelle construite dans la propriété du château. Elle est située à l’angle de la rue de l’Orme et de la rue, qui dessert la place d’Ostrohove, aussi dénommée place de l’Orme, en raison d’un orme centenaire qui y poussait.

 

La chapelle encore en bon état, mais depuis longtemps utilisée comme entrepôt fut détruite par un promoteur immobilier dans les années 1970.

C’est à la suite de démarches effectuées par l’abbé Joyez, curé de la paroisse Saint Martin afin qu’une église soit construite dans ce hameau qui compte alors 1 800 habitants, dont 200 enfants. Eglise dont la première pierre est posée le 28 mai 1936 par Mgr Dutoit, évêque d’Arras, en présence de Gaston Durieux, maire de Saint-Martin-Boulogne et du Conseil municipal, sur un terrain offert par la famille Huret. C’est au cours de l’été 1937 qu’est terminée la construction de l’édifice. L’architecte est Pierre Drobecq, l’entrepreneur Louis Martel, le staffeur, M. Duval, la maison Crouÿ, fournisseur des matériaux. (La façade n’est pas complètement terminée, il faut attendre encore de nombreuses années).

 

Les vitraux du chœur ainsi que le médaillon au-dessus de la porte d’entrée ont été réalisés en 1937 par le maître verrier Lothelier. Les autres vitraux ont été réalisés par le maître verrier Largillier en 1958 et restaurés en 1984 par MM. Bourdeau et Maeron.

 

C’est en 1947, sous la houlette de Mgr Perrin, que le hameau d’Ostrohove est institué en paroisse dont le premier curé fut l’abbé Bar, précédemment vicaire à Desvres. En août 1954, lui succéda Jean Lacaille, qui resta curé de la paroisse jusqu’à son décès, le 7 octobre 1990. Après une interruption de plusieurs années, l’abbé Richard Debruyne a repris la charge de la paroisse comme prêtre associé pour les paroisses de Saint François de Sales et de Sainte Ide.

L’autel actuel a été dessiné par le Père Houssin. Les travaux ont été réalisés par l’entreprise Ducrocq-Lengagne. C’est le 4 novembre 1956, qu’il a été consacré par Mgr Parenty en présence de l’abbé Dewatere, curé doyen de Saint Martin, du Père Houssin, de M. Fred Parkes et un de ses associés, tous deux de religion anglicane, amis de M. l’Abbé Lacaille, alors curé de la paroisse. L’année 1956 a vu l’unique poêle à charbon remplacé par des convecteurs à gaz qui procura un mieux être pour les offices en période froide.

 

En juillet 1957, la cloche est électrifiée. C’est en mai 1960 que la façade de l’église est enfin terminée. Au mois d’avril 1970, les appareils de chauffage au gaz sont remplacés par un chauffage à air pulsé.

En 1994, remise en état de la toiture, changement du moteur de la cloche. En 1977, soit 40 ans après sa construction, l’intérieur de l’église est entièrement repeint.
 
En 1995, remise en état du plancher de la sacristie, remplacement du système de fixation et automatisation de la cloche, mise aux normes électriques de l’ensemble de l’église. En 1996, les peintures, qui étaient à nouveau sérieusement détériorées par le temps et l’humidité ont été refaites.
 
 
 

L'église Sainte-Bernadette

ste bernadetteAvant la Seconde Guerre mondiale, le carrefour situé sur le haut de la route de Calais, menant vers Terlincthun, Wimille ou le centre de Saint-Martin-Boulogne n’est constitué que de quelques maisons. Les routes sont alors bordées par des champs. Après les hostilités, ce carrefour apparaît comme un lieu de refuge des sinistrés. Les environs se couvrent de baraquements préfabriqués, où l’on recense une population importante. Très vite, de part l’éloignement des églises de Saint-Martin, de Saint-Patrick et la Basilique Notre-Dame, le besoin d’une église se fait sentir. Il semble nécessaire de fonder une nouvelle paroisse.

L’évêque d’Arras, après l’accord du « Vénérable Chapitre Cathédrale », en date du 22 octobre 1951, décide de créer une paroisse dédiée à Sainte Bernadette. Elle est érigée par les démembrements des paroisses Notre-Dame et Saint-Patrick de Boulogne-sur-Mer, de Saint-Martin-Boulogne et de Wimille. Une ordonnance de l’évêque fixe ainsi les limites de la nouvelle paroisse et lui donne pour curé l’abbé Sagot. Le 11 novembre 1951 se déroule l’installation semi-solennelle, mais il n’existe alors ni église, ni presbytère. L’abbé Sagot se trouve dans l’obligation de trouver logis dans une pièce de la cité Bressloff. Il ne dispose, alors pour lieu de culte que de l’étroite chapelle du collège Saint-Joseph. Un premier groupe de paroissiens se réunit. Il constitue un comité de presse et met en place un responsable paroissial et un responsable de quartier. Le chanoineErckelboudt, directeur de l’Institut Saint-Joseph, permet aux paroissiens de célébrer leur premier Noël, au sein de leur paroisse, en mettant à leur disposition une salle. L’abbé Sagot prend alors l’engagement de construire une chapelle pour la fête de la Nativité de l’année suivante.

La fondation de la paroisse Sainte-Bernadette se déroule dans le cadre de la reconstruction de l’immédiat après-guerre. Les migrations des habitants des quartiers dévastés de Capécure et de Saint-Pierre expliquent le développement de ce lieu. La reconstruction matérielle s’accompagne d’un besoin spirituel. Ces habitants, qui connaissent des difficultés alimentaires et une précarité du logement semblent être à la recherche de jours meilleurs.

 

La construction de l’église est particulièrement originale. En mars 1952, les paroissiens décident de construire leur église par leurs propres moyens. Louis Lacroix, un charpentier, Gaston Vasseur, un retraité et Henri Poitevin, un commis de perception jouent un rôle particulièrement important. Ils sont rapidement rejoints par un groupe de trente à quarante personnes, et se donnent pour surnom « les Castors ». L’abbé Sagot obtient un terrain, jouxtant l’Institut Saint-Joseph, cédé sur la propriété des Jésuites par le chanoine Erckeboudt et situé à l’angle de la route de Calais et de la rue de Marlborough. Afin de financer, la construction de l’édifice, les paroissiens organisent des quêtes dans les paroisses environnantes et une kermesse les 10 et 11 août 1952. Ils collectent du cuivre et autres métaux pour fondre leur cloche et réparent des bancs cassés, récoltés dans les environs.

 

« Les Castors », après leurs heures de travail de 19 à 22 heures, tous les jours de la semaine, le week-end, pendant leurs congés, vont rapidement bâtir leur église dans une ambiance fraternelle. C’est en juin que sont creusées les fondations. M. Laloy, un architecte de Boulogne-sur-Mer, est chargé de dessiner les plans. Mais, trop petite, les paroissiens décident de l’agrandir. Au final, elle mesurera 30 mètres de long, 12 de large et 7 de hauteur. Louis Lacroix, chef charpentier apparaît comme le chef de travaux. « Les Castors », d’horizons professionnels différents, vont chacun contribuer à l’ouvrage. Si les métiers sont différents, l’origine sociale de ces constructeurs est généralement modeste. L’église est en voie d’achèvement au mois de décembre 1952. Moins d’un an a été nécessaire pour bâtir l’église Sainte-Bernadette. Les paroissiens célèbrent donc Noël 1952, dans leur église. A cette occasion, Mgr Parenty, évêque auxiliaire d’Arras, vient bénir l’œuvre des « Castors ».

Depuis 1951, quatre curés se sont succédé à la paroisse Sainte-Bernadette : les abbés Sagot, Cazin, d’Hespel, le père franciscain Michel Leblanc. Aujourd’hui, les paroisses Saint Patrick, Saint-Jean-Baptiste et Sainte-Bernadette sont regroupées afin de former une pastorale de quartiers populaires. Le comité paroissial est placé sous la conduite de Michel Dumoulin. La paroisse regroupe 5 000 à 6 000 habitants, pour une majeure partie, issus des quartiers populaires.
 
 

La Chapelle du Mont-Lambert

paroisses-chapellemtlambertSur la route de Desvres, dans le hameau du Mont-Lambert, entre deux haies, se cache un chemin qui mène à une petite chapelle. A l’entrée, nous trouvons deux statues. Elles représentent la Vierge Marie et Joseph portant Jésus. De l’extérieur, le visiteur peut voir deux cloches. L’une d’elles a été fondue en 1820 pour l’église Saint-Joseph et a été achetée par l’Abbé de Roussel de Préville, à la fabrique de la cathédrale, pour orner cette chapelle. Elle porte l’inscription :

 

« L’an 1820, j’ai été baptisée Marie Thérèse Adelaïde par M. le Vicomte Butler de Gamoy, Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis et Mme Carondelet, Comtesse de Bonco, M. Louis Mathon, Grand Doyen et Vicaire général de Mgr Louis de la Tour d’Auvergne ».

 

La chapelle du Mont du Mont-Lambert a été inaugurée en 1873. Elle a été construite sur l’initiative de l’abbé Maximilien Raoul de Roussel de Préville. Maximilien Raoul de Roussel de Préville est né le 1er avril 1845 au château du Mont-Lambert, dans une famille qui tient l’un des premiers rangs dans la noblesse boulonnaise. Jusqu’à l’âge de huit ans, il suit l’enseignement de l’instituteur communal de Saint-Martin-Boulogne. Puis, il est envoyé au collège de Mgr Haffreingue. Il y devient pensionnaire et fait partie de la petite conférence Saint-Vincent-de-Paul, établie dans le collège. A vingt ans, alors qu’il fait part à ses parents de son désir de se mettre au service de l’Eglise, il est envoyé à Paris, pour étudier le Droit, « afin de l’éprouver dans sa vocation »[1] . Dans la capitale, il s’engage dans les œuvres de jeunesse et dans le patronage Saint-Charles de la rue Bossuet. C’est là qu’il découvre les classes laborieuses. Son désir d’entrer dans l’état ecclésiastique se renforce. Il demande conseil à Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans. Après sa licence en Droit, il entre au séminaire d’Issy. Le 30 avril 1868, il revêt la soutane. Il termine ses études théologiques en juin 1871. Il se met à la disposition diocésaine. Mgr Lequette, évêque d’Arras lui offre la direction du collège Sainte-Marie à Aire-sur-la-Lys, connaissant son inclinaison pour la jeunesse. L’abbé de Préville n’est alors que diacre lorsqu’il accueilli dans ce collège réputé dirigé par les prêtres de la société Saint-Bertin. De Préville est nommé, à 26 ans, supérieur du collège, qui reçoit alors une centaine d’élèves. Il cherche à faire de l’établissement une maison modèle. Cependant à la fin de juillet 1872, il donne sa démission à Mgr Lequette. Il semble qu’il ne disposait pas de la pleine liberté d’action pour mettre en pratique le système d’éducation qui lui paraissait être le bon. Il désire, de surcroît, se consacrer entièrement à la jeunesse ouvrière.

 

C’est après avoir quitté l’établissement Sainte-Marie, qu’il se retire auprès de sa famille, dans le château du Mont-Lambert. Il y passe six mois, ne quittant sa solitude que pour rendre quelques services à la paroisse ou pour remplacer un professeur dans l’institution de Mgr Haffreingue. Le hameau de Mont-Lambert compte alors une centaine d’habitants, éloignée de l’église de Saint-Martin. Afin que les fidèles ne manquent pas à leur devoir, il fait construire cette petite chapelle de secours, desservie par le clergé de Saint-Martin.

 

L’évêque d’Arras lui offre un poste de curé, qu’il refuse, car il veut créer un patronage. Il s’installe, fin 1872, dans une petite maison, de la rue Tour-Notre-Dame. Il obtient d’un laïc, M. Flour, qui dirige un orphelinat, de l’autoriser à dire la messe dans sa chapelle, rue Desille et de s’occuper des enfants. Il se fait aumônier de quelques orphelins, à qui il enseigne le catéchisme. Il obtient même de pouvoir utiliser la cour pour constituer un patronage. Puis, en 1873, il s’installe dans l’ancien Petit Séminaire, rue de Lille, de là date la véritable fondation du patronage. En avril, il commence son « œuvre pour les grands », qui rassemble les jeunes gens après leur journée de travail. Il fonde une conférence Saint-Vincent-de-Paul. Puis, pour fixer définitivement sa fondation, il s’installe boulevard Eurvin, entre la rue du cimetière et la porte Gayole (mai 1875). Son action est couronnée de grands succès.

 

Mais, il est de plus en plus préoccupé par des problèmes de santé. De peur que son œuvre ne lui survive pas, il cherche à la rattacher à une congrégation religieuse. C’est pourquoi, il s’engage auprès des Frères de Saint-Vincent-de-Paul, qui s’occupent d’orphelinats, de patronages, visitent les pauvres. En 1882, il devient novice, puis assistant du supérieur général des Frères de Saint-Vincent-de-Paul. Après avoir jeté les bases du patronage, son œuvre se poursuit grâce à des successeurs compétents. Bien avant l’encyclique Rerum novarum, il avait compris le devoir social de l’Eglise.

 

Atteint d’une infection cardiaque, qu’il avait contracté, vingt ans plus tôt, à Notre-Dame des Apprentis, il s’éteint le 19 mai 1894. Ses funérailles sont célébrées le 22 mai, à l’église Notre-Dame. Il est inhumé à Chaville, dans la sépulture des Frères de Saint-Vincent-de-Paul. Les enfants du patronage de Notre-Dame des Apprentis veulent garder le cœur. Ils lancent une souscription qui permet de réaliser un marbre blanc placé dans la chapelle.

Propriété de l’association diocésaine, depuis octobre 1926, la chapelle a terriblement souffert des bombardements aériens lors de la Seconde Guerre mondiale. A la Libération, elle est provisoirement suspendue de culte. L’association « La Lambertoise » est déléguée à sa gestion. (« La Lambertoise » a été fondée en 1978, suite à la tempête qui avait détruit la toiture du bâtiment, et a pour but d’entretenir la chapelle).

[1] Abbé OCCRE (prêtre au diocèse d’Arras), Un père de jeunesse ou vie de M. de Préville, Paris, Gaume et Cie éditeurs.

 

Le cimetière indien de Meerut

patrimoine-meerutC'est le témoignage de la dimension globale du conflit, de l’apport des colonies en hommes. L’Angleterre, maîtresse de l’Empire des Indes, fit venir et combattre, sur notre sol ces troupes qui allaient payer un lourd tribut.

 

Le 10 août 1914, les premières troupes britanniques[2] arrivent à Boulogne-sur-Mer. Rapidement, la présence militaire de l’empire britannique devient massive. Des milliers de soldats transitent par Boulogne. La zone littorale se couvre de milliers de tentes, de baraquements et de dépôts de matériel. Des dizaines de « camps » et de « bases » se constituent.

 

Le Boulonnais se transforme en camp retranché, abritant bientôt plus de soldats que de civils et devient un important centre hospitalier pour les troupes britanniques. S’y installent les troupes anglaises, indiennes et canadiennes, où l’inventeur de la Pénicilline, Sir Alexandre Fleming (1881-1955) a travaillé pendant la guerre, ainsi que le médecin canadien, John Mac Crae, célèbre chez les Anglo-saxons pour son poème « In Flanders Fields » écrit dans un abri à Ypres en 1915, mort de maladie à Wimereux, le 28 janvier 1918[3].

 

La 7ème division de Meerut est l’une des deux divisions indiennes qui vinrent en France, arrivant par Marseille, en septembre 1914. Elle fut envoyée immédiatement sur le front de Neuve-Chapelle, entre Armentières et Béthune, dans le but de permettre à la Seconde Armée britannique de renforcer la Première Armée de Douglas Haig à Ypres. Ces troupes furent retirées du front à cause des difficultés d’adaptation au climat qu’elles rencontrèrent. Elles furent alors transférées vers l’Afrique de l’Est, l’Egypte et la Mésopotamie[4]. L’hôpital stationnaire de Meerut s’établit sur Saint-Martin-Boulogne d’octobre 1914, de l’arrivée en France du corps indien, à novembre 1915, à son départ, laissant la place à un cimetière qui reprit le nom de Meerut. Ce cimetière comprend les tombes de 279 indiens, officiers et soldats, morts en 1914 et 1915, dont une reste non identifiée, de 26 soldats du corps de manœuvre égyptien, morts en 1917, dont une non identifiée et de deux indiens de la marine marchande, morts en 1919. Il contient aussi un mémorial commémorant les 32 officiers et soldats originaires de l’armée des Indes dont les corps ont été incinérés dans le cimetière en 1915. La majorité des 26 manœuvres égyptiens ont été tués durant le raid aérien sur Boulogne-sur-Mer dans la nuit du 4 au 5 septembre 1917.

 

Le « registre » du cimetière de Meerut compte au total 339 noms de soldats, inhumés individuellement ou incinérés[5].

 

Le gouvernement britannique interdit le retour des dépouilles des soldats dans leur pays d’origine. Ces derniers durent être inhumés au lieu même où ils tombèrent. Dès 1915, une commission spéciale fut crée, l’Impérial War Graves Commission, sous l’égide de Fabian Ware, qui trop âgé pour combattre, choisit de se mettre au service de son pays. Comme les autres nations en guerre, le Royaume-Uni décide d’offrir à chaque soldat une tombe individuelle. Ce privilège était réservé aux seuls officiers, dont le corps reposait généralement dans un caveau familial. Les simples soldats, étaient enterrés ensemble dans des fosses communes. Retenant le principe d’égalité devant la mort, toutes les victimes furent signalées par le même élément funéraire : la stèle, en raison du grand nombre de confessions qui se côtoyaient dans leurs troupes. Ils s’attachèrent ensuite à personnaliser le plus possible les sépultures en gravant dans la pierre toutes les informations dont ils disposaient : nom, grade, date du décès, écusson du régiment, emblème de la religion et parfois une épitaphe choisie par la famille. Pourtant, le cimetière de Meerut est original à certains égards : un portail en fer forgé, peu commun, trône à l’entrée, les pierres tombales sont plus arrondies et une colonne prend la place de la Grande Croix. Les cyprès plantés ici, à l’origine ne semblent pas avoir résisté au climat, mais ici et là nous notons la présence de quelques iris. Cyprès et iris sont tenus pour être sacrés par le peuple hindou.

 

Les terrains occupés comme cimetières militaires britanniques en France, sont par la loi du 29 décembre 1915, le don du peuple français, pour le repos éternel de ceux tombés ici. Par un décret du 25 septembre 1920 du président de la République française, les concessions à perpétuité sont offertes gracieusement à toutes les tombes des militaires britanniques dans tous les cimetières de France.

 

Il est à noter que Georges V, roi d’Angleterre (1910-1936) rendit visite lors d’une tournée sur le continent aux cimetières britanniques. Le 11 mai 1922, il était à Bruxelles. Le lendemain, il visitait avec le Maréchal Foch (1851-1929), le cimetière national de Lorette, puis ceux de Bapaume, Albert-Butte de Warlencourt, Warloy-Baillon, Hédouville... Le 13 mai, il se rendit, avec Sir Douglas Haig[6], au cimetière d’Étaples (10 000 tombes), au cimetière indien de Meerut à Saint-Martin-Boulogne, et enfin, inaugurait le cimetière de Terlincthun avant de repartir par Boulogne. Au cimetière de Meerut, le roi était accompagné de Sir Douglas Haig, l’Amiral Betty, le Préfet du Pas-de-Calais, M. Causel, Le sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, M. Laban, Le Général-Commandant le 1er Corps d’Armée, La Capelle.


[1] Meerut: ville de l’Inde (Uttar Pradesh).

[2] Ce terme englobe également les Canadiens, les Australiens, les Indiens, les Africains...

[3] Yves Buffetant, Batailles de Flandres et d’Artois 1914-1918, Guides Historia Tallandier, 1992, p. 91.

[4] Janine Watrin, The british Military Cemeteries in the region of Boulogne-sur-Mer, The book Guild Ltd, 1987.

[5] Selon les rites de la religion hindoue, les corps des soldats devaient être incinérés. Toutefois, le crématorium n’ayant pu fonctionner ensuite, les autres indiens furent enterrés (Le Télégramme, 14 mai 1922).

[6] Douglas Haig commanda de 1915 à 1918, les troupes britanniques engagées sur le front français.

 

Le château de la Caucherie

 

patrimoine-caucherieLes jardins donnent un intérêt tout particulier au château de la Caucherie.

C’est le troisième fils de Jean Abot[1] (1619-1677), Jacques Abot de Bazinghen (1654-1716), avocat au Parlement de Paris, procureur du Roi en la maîtrise des Eaux et Forêts du Boulonnais, subdélégué de l’Intendant de Picardie, lieutenant de l’Amirauté de Boulogne et inspecteur des troupes boulonnaises qui va profondément transformer la propriété. C’est à lui que revient le projet d’aménager un jardin à la française. En 1698, au cours d’un voyage à Paris, il s’était entretenu de son projet avec Le Nôtre[2] ; dans ses plans, le grand jardinier dut tenir compte de ce qui avait été réalisé : d’importants travaux de terrassement et d’adduction d’eau avaient déjà été entrepris.

 

La réalisation du plan de Le Nôtre fut confiée à un certain Nourrissart. Un jardinier parisien nommé Nicolas Robin, dont on sait qu’il a travaillé à la Caucherie jusqu’en 1700, dut être le collaborateur de celui-ci. Si les jardins dessinés attribués au célèbre jardinier, sans la moindre preuve, sont nombreux en France, ce n’est pas le cas de celui de la Caucherie sur les origines duquel les documents ne manquent pas. Il est incontestable que, même si l'âge l'a empêché de venir sur place, Le Nôtre a fourni des plans, des idées pour sa réalisation.

Ce jardin comprenait et comprend toujours une partie haute, qui s’étend en longueur en face du château et une partie basse latérale qui forme un vaste rectangle situé à cinq mètres en contre bas de la première. Le jardin d’en haut est dominé par la terrasse du château qui était ornée de grands vases en faïence. Au pied de celle-ci s’étendaient deux grands parterres, « parterres en broderies » bordés d’ifs. Une allée médiane mène à un grand bassin circulaire doté d’un jet d’eau. Des carpes le peuplaient. Au-delà du bassin règne une seconde terrasse qui domine un second niveau de jardin. Celui-ci était occupé par un potager. Deux escaliers en pierre et deux rampes en pente douce lui donnaient accès. Un arrondi en terrasse avec, au centre, une fontaine à cascade terminait le tout. Le jardin était enclos de murs avec espaliers. Au fond, une trouée délimitée par deux tourelles permettait de jouir d’une échappée sur la campagne. Du côté ouest, à la hauteur du bassin, une grille permettait d’apercevoir la mer. En face de cette grille, du côté est, une balustrade en pierre laissait apercevoir le jardin d’en bas. On pouvait atteindre celui-ci par deux escaliers situés à chaque extrémité du mur. Là, on trouvait un second potager.

Plus loin, troué par le canal, on avait planté un bois en étoile d’ormes et de tilleuls. Si le jardin d’en bas a perdu ses dispositions originelles, celui d’en haut a conservé l’essentiel des siennes. Des pelouses ont remplacé les broderies, les ifs taillés en figures, les murailles ont disparu, de grands arbres masquent la vue sur la mer. La terrasse du fond, ses deux tourelles, la cascade ont fait place à deux obélisques de marbre portant l’emblème du Roi Soleil. Ces dispositions n’auraient pas été totalement approuvées par Le Nôtre. On a vu que les travaux avaient débuté avant qu’il ne soit consulté. Il n’aurait certainement pas proposé les murs de clôture. Par contre, l’aménagement en terrasses, le bassin d’agrément et le potager sont des principes qui lui étaient chers et qui peuvent par conséquent, être le résultat de son intervention.



[1] Jean Abot, originaire d’Alençon, vient se fixer, en 1665, dans le Boulonnais, en rachetant, ce que l’on appelait à l’époque la Guillebeudrie. Il s’y fait construire une simple maison de campagne, qui prend le nom de La Caucherie, sans doute à cause de sa proximité avec la vieille route de Boulogne à Thérouanne et des écuries qui y étaient liées.

[2] André Le Nôtre (1613-1700) est l’un des créateurs des jardins à la française. Il est l’auteur des plans des parcs des châteaux de Vaux (1655-1661) et de Versailles, de ceux de Saint-Germain, de Saint-Cloud et de Meudon, ainsi que des jardins de Chantilly (1663-1700).

La Croix Abot

croix abot

A quelques mètres de la route de Boulogne à Desvres, se trouvait une croix de pierre, nommée la croix Abot à laquelle se rattache dans la tradition populaire, une légende de deux frères, dont l’un aurait tué l’autre en duel, à cet endroit. La vérité est que cette croix a été érigée comme monument de piété le 14 septembre 1664, par Jean Abot (1619-1677), à l’intersection des deux chemins qui s’y croisaient, avant que la route de Mont-Lambert eut été reculée sur la gauche. Une plaque de stinkal encastrée dans la maçonnerie portait l’inscription :

« …N 1669 JEAN ABOT

…T PLANTER CETTE

CROIX

…N 1822 C.L.D. ABOT

BAZINGHEN LA

FIT RETABLIR »

Aujourd’hui, il s’agit d’un lieu-dit et une rue porte son nom (rue partant de la route de Desvres et conduisant à Ostrohove).

Après les travaux de construction de l’autoroute A 16, cette croix fut déplacée. De ce fait, elle fut déposée au domaine de la Caucherie où le maître des lieux,M. François de Rosny, la garde précieusement.